Avis du CES

Les industries culturelles et créatives en RDC : État des lieux et perspectives, CES-Avis n° 047, avril 2024.

CERNAT 2024

Les industries culturelles et créatives en RDC : État des lieux et perspectives, CES-Avis n° 047, avril 2024.

"Pourquoi, généralement, les artistes et les créateurs congolais meurent misérables ?"

Tout est parti de cette interrogation angoissante. Et de fil en aiguille, l'interrogation s'est transformée en une réflexion approfondie, au point d'induire des investigations sociologiques et même statistiques serrées, sérieuses.

  • La première constatation, au niveau mondial, est que les dynamiques culturelles et stratégiques avaient tendance à passer de la CÉLÉBRATION romantique et exaltée du concept et du contenu de la Culture, à la VALORISATION quantifiable de cette Culture.
  • La seconde constatation a démontré que justement cette valorisation s'imposait comme objectivée, comme chiffrable, comme valeurs économique et commerciale. D'ailleurs les grandes économies mondiales, en Europe ou aux États-Unis d'Amérique prouvent que les industries créatives sont aussi compétitives, sinon plus, que les industries de l'automobile ou de l'armement.

ETAT DES LIEUX EN RDC

Se reportant à la situation de la RDC, et notamment au bilan des industries culturelles et créatives, la Commission a commencé par définir le cadre conceptuel. Il s'est révélé que non seulement l'industrie culturelle se définissait comme une entité de développement, avec les perspectives d'investissements socioéconomiques ; mais que, concernant notre pays, cette définition était indigente tant les paramètres constitutifs de production, de distribution, de marketing et de management, de consommation, d'innovations technologiques, de promotion de la propriété intellectuelle et artistique, tant tout cela n'était pas accompli.

Les quelques rares statistiques congolaises dans ce domaine étaient contrastées : autant la dynamique populaire faisait montre d'une énergie et d'un génie vraiment inventifs, autant les contraintes informelles paraissaient prépondérantes. Bien entendu au cours de l'histoire de l'art congolais, on a assisté à des événements d'envergure internationale, par exemple : 

  • organisations remarquables des concerts et des shows inédits à l’étranger : à la Table Ronde de Bruxelles en 1960 avec Joseph Kabasele, à Dakar en 1966 au Festival mondial des Arts nègres, à l'Olympia à Paris en 1970 et en 1975 avec respectivement Tabu Ley et Abeti Masikini, à Bercy à Paris en 2000, avec Koffi Olomide ou récemment en 2024 à Arena de Paris avec Fally Ipupa, etc. ;
  • exposition à succès retentissant sur les Arts plastiques à Kinshasa en 1973, avec l’Association Internationale des Critiques d'art (AICA) ;
  • méga-match de boxe Ali-Foreman en 1974 à Kinshasa, accompagné d'un Festival mondial de la musique négro-africaine et afro-descendante ;
  • Festival National de la Culture et des Arts (FNCA) en 1976,
  • Festival multidisciplinaire YAMBI à travers la Belgique en 2007.

Autant d'expressions de la créativité rayonnante des Congolais, y compris d'ailleurs à travers des initiatives provinciales ; mais, hélas, autant de "coups de poker" éphémères parce que sans logique ni relais managériaux conformes à l'écosystème économico- culturel, au Congo même et à l'étranger.

Ce bilan des initiatives et des productions culturelles a, au préalable, établi le répertoire des genres artistiques ayant plus ou moins pignon sur rue en RDC, notamment la musique, les arts visuels, les arts du spectacle, le cinéma, la mode, la publicité, la radio et la télévision, le livre et la littérature, les jeux -vidéos, le numérique...

FAIBLESSES ET PRÉCONISATIONS 

En fin de compte, sur base des faiblesses structurelles du secteur culturel, documentées et commentées grâce aux   observations des collègues lors des plénières, les préconisations se sont focalisées sur les points suivants :

  • mise en place d'une politique culturelle cohérente, progressiste et pérenne ;
  • mise en place des infrastructures et des structures des industries culturelles créatives, avec l'appui et l'apport des secteurs public et privé, grâce également à des facilitations douanières et bancaires ;
  • amélioration sensible des mécanismes juridiques et administratifs de la protection des droits d’auteur et des droits voisins ;
  • parachèvement des dossiers juridiques en suspens, notamment sur les statuts des artistes;
  • mise en œuvre de la Feuille de Route, déjà approuvée par les Gouvernements des deux Congo, signataires de la requête de la Rumba comme Patrimoine mondial, requête principalement en termes de professionnalisation des métiers de la Culture, ainsi que de renforcement des capacités techniques et managériales.

En définitive, le CES insiste non seulement sur la dimension culturelle du développement durable, mais également sur une industrialisation propice à la prospérité des artistes et des populations, à la justice distributive et, finalement au "Soft Power" en tant que présence influente du pays à l'échelle mondiale, et donc en tant que diplomatie culturelle agissante.