Avis du CES

La redynamisation de l’Entrepreneuriat par la création de l’actionnariat congolais, Auto-saisine, CES-Avis n° 034, Session ordinaire, avril 2022

CERNAT 2022

La redynamisation de l’Entrepreneuriat par la création de l’actionnariat congolais, Auto-saisine, CES-Avis n° 034, Session ordinaire, avril 2022

La préoccupation centrale du Conseil Economique et Social dans Cet Avis, est de proposer aux Décideurs la mise en place d’un processus endogène fondamental de création de valeurs et de richesses par les congolais sur leurs propres territoires, à travers l’entrepreneuriat généralisé. 

Le système productif actuel de République Démocratique du Congo, encore peu reluisant, est en plus porté et contrôlé par des investisseurs privés étrangers. 

La vulnérabilité structurelle de l’économie congolaise dont la cause racine est l’absence d’une production de masse des biens et services, dévoile l’urgence d’impliquer les congolais, personnes privées et l’Etat congolais lui-même, en tant qu’agent économique, dans l’Actionnariat redynamisé. Il s’agit de construire, justement, l’Actionnariats public et privé congolais massifié. Ce sont là, deux leviers puissants qu’il faut combiner pour une croissance économique durable et partagée. 

En effet, la création de l’actionnariat congolais actif et varié permettra aux congolaises et congolais, y compris à l’Etat congolais d’entreprendre dans tous les secteurs de la vie nationale. Tout autant d’occasionner la diffusion des flux économiques et financiers utiles à la prospérité inclusive en vue de pouvoir transformer structurement l’économie du pays. Celle-ci pourra ainsi se structurer sur de larges bases industrielles allant de TPE, PMA, PMI, PME aux grandes entreprises.

Le Conseil Economique et Social dans l’étude de cet Avis, a exploré certaines pistes pouvant favoriser l’éclosion de l’actionnariat congolais. Le constat qui se dégage est que l’économie nationale est en déliquescence. Cela se traduit clairement par la détérioration des conditions socio-économiques de la population. Cette situation est due au fait que les capitaux investis dans l’entrepreneuriat actuellement au pays sont, en gros, étrangers. 

Il est urgent que, de façon concrète et déterminée, les investissements publics ainsi que les fonds publics d’appui aux initiatives entrepreneuriales privées dépassent en volume, les fonds de consommation institutionnelles et autres services.

La dynamique congolaise d’un actionnariat collectif public-privé, pourra stopper rapidement le déclin de l’économie du pays par la relance d’activités économiques diversifiées et généralisées sur l’ensemble du territoire national à l’effet de l’actionnariat congolais synchronisé (public et privé). 

Il importe par ailleurs de faire exister urgemment en R. D. Congo une politique cohérente des pouvoirs publics relatifs aux mécanismes de régulation favorables à la création de l’Actionnariat privé en faisant appel à l’épargne publique. Cela pour faire exister également un marché financier interne auquel les privés peuvent prendre des risques avec leurs épargnes, pour financer l’économie. 

Il est aberrant donc que l’Etat continue à se maintenir dans le capital des sociétés d’économie mixte ou de certaines S.A. Sa présence dans ce capital n’ait rien de stratégique par rapport à sa politique économique libérale. Ses parts sont pourtant un levier. Il doit se désengager progressivement de ces entreprises pour laisser place aux privés au risque de se retrouver un jour évincé par défaut de paiement ou de libérer la quotité supplémentaire requise et essentielle pour maintenir sa participation dans ces entreprises. 

Il est judicieux que désormais, les propriétaires étrangers des capitaux sociaux à investir ne puissent bénéficier des opportunités de prospérer tant qu’ils n’ouvriront pas leurs capitaux à l’épargne détenue par les Congolais, ces ressources financières dont l’immédiateté est non-onéreuse à court terme, contrairement aux crédits des institutions financières, paraissent comme une menace de perte de contrôle de business. Celles les plus en vue ce jour, dans la distribution, sont des entreprises familiales. 

Les tontines illustrent concrètement une économie solidaire ou sociale. Ce modèle économique bien structurée, est une des pistes à l’actionnariat par le bas. Elles induisent donc, entre autres, le développement à la base porté par des initiatives locales. Etant donné que le développement peut résulter également des stratégies individuelles, des solidarités familiales, y compris sociales. 

Les tontines peuvent ainsi contribuer efficacement au renouvellement des possibilités à l’acquisition des parts pour une prise de participation ou tout autre investissement. Par leur organisation caractérisée de la remise tournante des fonds à chaque membre du groupe, elles pourront favoriser la naissance ou la création de plusieurs actionnaires nationaux à l’échelle nationale de la République Démocratique du Congo. 

Donc, une organisation d’un mentorat serait bénéfique pour leur donner une réelle capacité de pouvoir passer de la tontine à un réel actionnariat. La piste des tontines est un Target. 

En conclusion, eu égard à un état des lieux indiquant le faible niveau d’actionnaires congolais et induisant une inertie entrepreneuriale préoccupante, sur l’économie du pays, le Conseil Economique et Social préconise ce qui suit: 

  1. Définir une politique nationale en matière de la promotion de l’actionnariat public-privé Congolais devant travailler synchroniquement à la production intensifiée des biens et services sur l’ensemble du pays ; 
  2. Promouvoir par l’approche psychologique à l’égard de la population congolaise, l’incitation à l’utilité de pratiquer de l’actionnariat comme excellent moyen de lutte contre la pauvreté de masse et d’enrichissement du pays ; 
  3. Faire participer davantage l’Etat, agent économique et pouvoirs publics aux différents paliers de l’actionnariat ; 
  4. Envisager les mécanismes d’incitations fiscales pour favoriser la réduction de l’économie informelle en faveur de l’actionnariat répertorié par l’administration fiscale ; 
  5. Appeler les actionnaires étrangers existants ou en activités d’exploitation, ou encore potentiels, à l’ouverture de leurs capitaux sociaux aux nationaux méritants ; 
  6. Réglementer la pratique des tontines favorisant également la formation de l’actionnariat en vue d’en limiter les abus ; 
  7. L’Etat, pouvoir public doit piloter et être stratège de la promotion à l’incitation de l’actionnariat par l’émission de différents titres de trésor ; 
  8. Initier et développer la culture à l’actionnariat aux congolais par le mentorat ; 
  9. Mettre en application les lois et le texte réglementaires favorisant la promotion de l’entrepreneuriat ; 
  10. Octroyer les marchés publics aux Congolais plutôt qu’aux étrangers, en préférence pour favoriser l’émergence de l’entrepreneuriat congolais.