Intégration des réseaux de transports (Routes-Eaux-Rails-Aériens): Pour une meilleure circulation de biens et de personnes sur le territoire national, Auto-saisine, CES-Avis n° 039, Session ordinaire, octobre 2022
Intégration des réseaux de transports (Routes-Eaux-Rails-Aériens): Pour une meilleure circulation de biens et de personnes sur le territoire national, Auto-saisine, CES-Avis n° 039, Session ordinaire, octobre 2022
Construit depuis l’époque coloniale, le système des réseaux de transport de la République Démocratique du Congo est bâti autour des grands pôles de production agro-pastorale et minière au profit de la métropole en primeur, et de manière secondaire, au profit des communautés locales. Ainsi, la structure des voies de communications de la RDC présente deux caractéristiques majeures, à savoir :
- la destination exportatrice des réseaux, qui ont été conçus pour assurer un acheminement rapide et sûr des produits agricoles et miniers vers les ports d'embarquement en destination de la métropole et ;
- la prédominance de la voie de l'Ouest dite voie nationale, en vue de faire transiter les produits et marchandises dans la mesure du possible sur l’ensemble du territoire national.
A l’indépendance, le système national de transport reposait sur un réseau fluvial et lacustre s’étendant sur 16.403 Km de voies navigables dont 138 km de bief maritime, 14 500 km de biefs fluviaux, 1 765 km de voies lacustres; un réseau ferroviaire de 5 152Km non interconnectés, et n’ayant pas le même standard d’écartement des rails, un réseau routier de 140 792km, un réseau aérien composé de 175 aérodromes opérationnels. Tous ces réseaux de transports étaient articulés autour du fleuve Congo qui en constituait la colonne vertébrale.
La situation économique morose héritée de la colonisation, l’inexpérience des premiers dirigeants, les différentes sécessions et rébellions qui ont suivi la proclamation de l’indépendance ont accéléré l’effondrement du système de production agricole et de gestion économique, ainsi que de gouvernance politique que le pouvoir colonial avait mis en place.
Aujourd’hui, la relance du secteur routier et l’amélioration de la qualité des réseaux de transport en RDC sont devenues un impératif majeur pour catalyser la croissance économique et assurer le bien-être social voulu par tous. Cela, étant donné que la croissance agricole et la réduction de la pauvreté sont stimulées par la qualité des infrastructures, et que les routes de haute qualité génèrent des rendements d’environ 50% supérieurs dans le PIB total par rapport aux investissements dans des routes de mauvaise qualité.
Après analyse de l’état des lieux actuel des réseaux de transport par le CES, il se dégage qu’il y a une destruction avancée des principaux axes routiers du pays et seulement près de 1 470 km sont encore opérationnels, soit environ 8% du réseau d’intégration nationale et régionale. Environ 70% de routes de desserte agricole sont en très mauvais état. En plus, il n’existe pas de parkings publics aménagés et il y a un mauvais drainage des eaux de pluies. Le trafic sur les routes ne peut se réaliser avec efficacité là où il manque de ponts et de bacs à moteur. Le mauvais entretien des ponts existants et le non-respect de la charge à l’essieu entraînent beaucoup d’accidents mortels.
Le CES a également constaté que plusieurs ports construits à l’époque coloniale ne sont plus opérationnels. Suite à la dégradation des infrastructures de navigation, il y a abandon de certaines rivières autrefois navigables. Par manque d’entretien et de renouvellement des bateaux adaptés à la profondeur actuelle des différents cours d’eau, la population recourt aux pirogues et radeaux qui ne permettent pas de transporter des grandes quantités de produits agricoles.
Concernant les chemins de fer, le vieillissement des locomotives et des voitures adaptées aux écartements des voies ferrées existantes ont fini par déstabiliser le système des réseaux de transports intégrés mis en place à l‘époque coloniale. La situation présente du secteur aérien en République Démocratique du Congo est atypique. Longtemps contrôlé par des compagnies d’aviation privées pendant plus de trois décennies, l’on constate depuis moins d’une décennie la résurgence de l’opérateur public et une volonté politique exprimée de régulation dudit secteur.
Cependant, sur les 15 aéroports nationaux que compte la RDC, trois (3) seulement sont équipés de balises pour les vols nocturnes. L’absence de systèmes adéquats de surveillance et de visualisation pose un énorme problème de sécurité. L’état actuel du sous-secteur constitue un sérieux handicap à la circulation des personnes et des biens, à l’aménagement et à la cohésion des vastes régions du pays, à l’exploitation d’importantes potentialités qu’il recèle au plan économique et à la promotion des affaires et des entreprises du secteur privé.
La sortie de la crise économique et de la misère qui frappe la population congolaise depuis plusieurs décennies, au-delà de réunir toutes les conditions de sécurité et de paix, réside également dans la facilité avec laquelle la circulation des biens et des personnes doit s’opérer à travers tout le territoire national.
La réhabilitation du système intégré des transports en RDC exige en effet une stratégie profondément réfléchie. D’où, la nécessité actuelle de changer des paradigmes d’organisation et de gestion des réseaux de transport dans notre pays.
C’est pour cela que le CES formule dans le présent Avis des préconisations aux autorités pour attirer l’attention des dirigeants politiques et des opérateurs économiques sur la nécessité de conjuguer leurs efforts en vue de restaurer le système intégré des transports, ayant pour socle le vaste réseau de navigation fluviale et lacustre, afin de redynamiser l’activité économique des milieux ruraux à travers tout le pays.
Ces préconisations sont regroupées en préconisations d’ordre général et celles portant respectivement sur : la navigation et les infrastructures ; la règlementation de la navigation ; l’armement des voies navigables ; l’hygiène, la santé et l’environnement ; les voies terrestres (routes, rails) et enfin ; les voies aériennes.