La moralisation de la société congolaise pour une meilleure protection de la jeunesse, Auto-saisine, CES-Avis n° 041, Session ordinaire, avril 2023.
La moralisation de la société congolaise pour une meilleure protection de la jeunesse, Auto-saisine, CES-Avis n° 041, Session ordinaire, avril 2023.
L’autopsie de la société congolaise réalisée en auto saisine par le Conseil Economique et Social a révélé qu’elle est en butte à une crise multiforme aiguë. Cette crise a fait basculer les principes de l’éthique et de la bonne gouvernance dans le Mal. Bien entendu, la jeunesse censée assurer l’avenir du pays est la première victime collatérale de cette régression des mœurs.
La déchéance morale et les antivaleurs ont contaminé tous les domaines et tous les aspects de la vie nationale : familial, social, éducationnel, culturel, économique, politique et managérial.
En effet, la famille, cellule de base de la société, elle qui jouait un rôle majeur dans l’éducation des enfants, semble désemparée, et dépassée par l’ampleur de la crise ; bon nombre de parents sont désormais incapables d’assumer leurs responsabilités, volontairement ou involontairement ;
La société congolaise d’aujourd’hui a perdu une éthique idéale en faveur d’une société moralement équilibrée :les personnes modèles que l’on pouvait admirer dans le passé tendent à perdre toute efficacité et tout charisme ; les antivaleurs s’érigent en mode de comportements ; on y observe des tendances et des postures regrettables telles que l’intolérance gratuite, l’impertinence agressive, le non-respect des morts, de la femme, des personnes âgées, des aînés autant que des cadets ; le manque de compassion.
Le système éducatif de la RDC a cessé de jouer son rôle d’excellence. Le CES dans l’Avis sur La baisse de la qualité de l’enseignement a indiqué que « l’école a cessé d’être un lieu d’excellence en matière d’instruction et d’apprentissage des valeurs éthiques, de citoyenneté et de changement de mentalité positive » ;
Les institutions de socialisation n’accomplissent plus leur mission conformément aux normes de l’éthique et de la déontologie ; c’est le cas de certaines Eglises dites « de réveil », avec leurs enseignements sur la « prospérité clés en mains », sans effort, devenues des lieux de promotion de l’oisiveté, de veillées de prières fastidieuses, et donc de la fainéantise et de la misère. Conséquences : dislocation des familles, phénomènes des enfants des rues ou des enfants sorciers, ainsi que des mariages forcés et des abus sexuels… ; les associations culturelles et sportives se sont érigées en des lieux de culte de personnalité des leaders, mais aussi des arènes de rivalités agressives entre ces derniers et des espaces de dévoiement et de débauche au détriment des acteurs et des jeunes sportifs. Les réseaux sociaux de leur côté (Tik Tok, Facebook, Whatsapps, You Tube, Phoenix…), déversent des productions et des publications dépourvues de toute orthodoxie telle que l’exige la profession. En y injectant à outrance des discours infectés de haine, d’injures faciles, de diffamation et d’intimidations abjectes, ces médias deviennent des dangers publics, particulièrement pour les catégories fragiles et crédules que sont les enfants et les jeunes.
D’un autre côté, on note une justice laxiste et une gouvernance caractérisée entre autres maux, par le vol, la corruption, la concussion, les détournements, les surfacturations, les taxes illégales, les falsifications, et diverses formes de fraudes et de manœuvres illicites. D’où la recrudescence des actes d’impunité, de clientélisme, de népotisme, de tribalisme. Si l’on ajoute à cela le faible accompagnement des subventions de l’Etat en faveur des urgences de développement durable et une justice distributive problématique, on mesure combien est sombre le tableau socioéconomique.
Face à cette situation dramatique, le CES a identifié 10 pistes en guise de préconisations, en direction notamment des pouvoirs publics, à travers le Parlement et le Gouvernement dans la perspective d’une renaissance qui passe par la remise en question de l’homme et du système congolais :
- renforcer la gouvernance dans différents secteurs ;
- améliorer les conditions de vie des parents et des enseignants ;
- combattre le Culte du pouvoir et la recherche effrénée du lucre et de la gloire dans le chef de certains leaders sociaux (chefs religieux, leaders d’associations culturelles et sportives), administratifs et opérateurs politiques (leaders politiques, responsables de l’administration publique et privée) ;
- renforcer le rôle éducatif des médias et des réseaux sociaux ;
- appliquer les lois de la censure de chansons, danses et autres productions culturelles à caractère obscène ;
- combattre le mimétisme négatif et aveugle des habitudes marginales importées de l’Occident, contraires à la culture et aux bonnes mœurs congolaises ;
- réglementer le fonctionnement des cultes religieux, des bars, des terrasses et autres lieux de loisirs ;
- lutter contre les fausses prophéties abrutissantes et obscurantistes alimentées entre autres par la séquestration des jeunes et des femmes dans des veillées de prière et autres activités économiquement non porteuses pendant les heures de travail ;
- renforcer la lutte contre les toxicomanies (tabagisme, alcoolisme, stupéfiants et substances psychotropes) ;
- bannir la promiscuité due aux mauvaises conditions de logement en milieu urbain et rural.