Avis du CES

La République Démocratique du Congo face à la transition énergétiques: cas de la production de batteries électriques, Auto-saisine, CES-Avis n° 038, Session ordinaire, octobre 2022

La République Démocratique du Congo face à la transition énergétiques: cas de la production de batteries électriques, Auto-saisine, CES-Avis n° 038, Session ordinaire, octobre 2022
CERNAT 2022

La République Démocratique du Congo face à la transition énergétiques: cas de la production de batteries électriques, Auto-saisine, CES-Avis n° 038, Session ordinaire, octobre 2022. 
Commission ad hoc présidée le CR Célestin TSHIBWABWA K.


Le Conseil Economique et Social s’est penché en auto-saisine sur cette question de grand intérêt national qu’est la Transition Energétique dans le domaine de la mobilité afin de permettre à nos décideurs de repenser les politiques énergétiques, climatiques et d'exploitation des minerais stratégiques et de faire valoir que ces richesses qui doivent être exploitées au bénéfice de la planète restent en réalité un bien commun du peuple Congolais.

Aussi, le Conseil Economique et Social, soutient la position du Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Felix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, d'implanter sur le territoire Congolais la totalité de la chaîne de valeur des matières minérales qui interviennent dans la fabrication des batteries électriques notamment leur exploitation, leur raffinage et la production des batteries électriques par la mise en place d'un circuit régional et international de distribution. Estimant ainsi que ceci pourrait constituer une percée déterminante vers une nouvelle forme de valorisation économique de ces immenses ressources minérales et contribuerait de manière plus significative à l'émergence économique de la République Démocratique du Congo.

Le premier « élément fondamental de la RDC est la présence dans son sous-sol des ressources minérales nécessaires à la fabrication locale des batteries électriques. Il s'agit principalement des minerais suivants que nous qualifions de stratégiques : le lithium, le cobalt, le cuivre, le cadmium, le nickel, l'aluminium, les terres rares, manganèse, fer, phosphore.

L'Etat Congolais doit augmenter la part de l'investissement public dans l'extraction des minerais stratégiques intervenant dans la fabrication des batteries électriques afin de fournir suffisamment des matières premières à l'industrie nationale car la plupart des investissements étrangers dans l'extraction sont déjà orientés vers l'industrie occidentale et asiatique et il serait illusoire de compter sur leur  production pour alimenter une industrie nationale qui leur ferait concurrence. 

Le deuxième élément incontournable pour la mise en place de cette industrie des batteries électriques consiste à résoudre le problème du déficit en électricité sans laquelle l'extraction, le raffinage et la production des composants des batteries électriques est impensable.

Pour ce faire, le Conseil Economique et Social encourage le gouvernement à concentrer ses efforts sur la mise en chantier du projet d'Inga III et par la multiplication de mise en chantier des potentialités hydroélectriques du pays afin d'assurer une interconnexion nationale et régionale de notre réseau électrique. Car, le fleuve Congo qui est à son cheval sur l'Equateur nous offre un potentiel énergétique évalué à 100.000 MW, répartis sur 780 sites situés dans les 145 territoires et 76.000 villages. 

Le troisième élément indispensable pour la mise en place de cette industrie de la mobilité, suppose l'existence d'un réseau d’infrastructures de transport et des voies de communication car les réseaux intérieurs et routes, voies ferrées et navigables sont dans un état de délabrement avancé et ne pourront assurer l'acheminement des composants fabriqués jusqu’aux usines de montage et assurer leur transport jusqu'aux consommateurs potentiels.

Le quatrième élément qui contribuera à la réalisation de ce concept sera l'identification des compétences congolais au pays et à travers le monde pour la création d'une banque des données sur toute la chaine de valeur rattachée à la fabrication des batteries électriques à l'effet de mettre l'homme qu'il faut à la place qu'il faut afin de garantir la compétitive de notre industrie.

En d’autres termes, le Conseil Economique et Social demande à l'Etat Congolais d'élaborer un plan opérationnel des besoins en compétences et en capacités de recherche et d'innovation technologique avec l'aide des universités et des écoles supérieures techniques en développant des filières de formation sans oublier la formation d'ouvriers qualifiés dans les écoles professionnelles et techniques.

Le cinquième élément consiste à l'application par l'Etat Congolais de l'impératif de la     sécurité nationale pour ce qui concerne le traitement des minerais stratégiques. L'impératif de sécurité nationale, devrait conduire l'Etat Congolais à s'approprier ces minerais stratégiques afin d'en être le maitre.

Pour y arriver, les préconisations les plus saillantes du CES à ce sujet sont les suivantes :

  1. Sur le plan de la Gouvernance des ressources minérales stratégiques

 Que l'Etat Congolais dresse une liste des minéraux stratégiques qui ne doivent pas être sous le contrôle total des puissances étrangères, pour des impératifs de sécurité nationale ; 

  • Que l'Etat Congolais marque son statut d'Etat propriétaire et entrepreneur dans le secteur des minerais stratégiques, par sa présence majoritaire dans la structure du capital ;
  • Que l'Etat Congolais procède à l'identification des compétences congolaises au pays et à travers le monde par la création d'une banque des données sur toute la chaîne de valeur rattachées à la production des batteries électriques à l'effet de mettre l'homme qu'il faut à la place qu'il faut afin de garantir la compétitivité de notre industrie;
  • L'énergie étant le moteur du développement, que l'Etat Congolais aménage des 
    infrastructures pour porter la logistique de production et de distribution des batteries électriques en y apportant l'énergie électrique en quantité et en qualité suffisantes afin de garantir un fonctionnement fiable de cette industrie de haute technologie ; 
  • Que l'Etat Congolais mette en place des structures pouvant lui garantir l'accès au marché intérieur pour résorber une partie de la production et développer progressivement un marché sous régional qui pourra se connecter au marché international ;
  • Que l'Etat Congolais, repense les politiques énergétiques, climatiques et d'exploitation des minerais stratégiques pour une exploitation rationnelle et harmonieuse avec l'option d'un développement à faible empreinte écologique, tout en se focalisant sur l'amélioration du quotidien du peuple congolais, selon le principe : « que le peuple a besoin d'oxygène mais aussi du pain ». 

  2. Sur le plan de la coopération régionale et internationale et de la recherche-développement  

Que l'Etat Congolais fasse appliquer la Théorie de Pôles fédérateurs dont la République Démocratique du Congo serait un Etat pivot, un Etat qui participera au développement du monde, du continent africain, particulièrement de l'Afrique Centrale et défende sa position de « pays-solution » tel que prôné lors des différentes Conférences des Parties sur l'Environnement (COP).