Les dangers de la prolifération des forages d'eau dans les agglomérations urbaines en RDC: cas de la ville de KINSHASA, Auto-saisine, CES-Avis n° 040, Session ordinaire, octobre 2022.
Les dangers de la prolifération des forages d'eau dans les agglomérations urbaines en RDC: cas de la ville de KINSHASA, Auto-saisine, CES-Avis n° 040, Session ordinaire, octobre 2022.
La République Démocratique du Congo (RDC) dispose du réseau hydrographique le plus important du continent africain. Du fait de ses abondantes ressources en eaux douces et alimentées par une pluviométrie moyenne de 1.534 m d’eau par an, laRDC compte parmi les 10 pays reconnus comme Puissances mondiales de l’eau.
Malheureusement, et comme pour bien d’autres secteurs, cette richesse en eaux contraste scandaleusement avec le faible niveau d’accès à l’eau potable et à l’assainissement de sa population, ainsi qu’avec l’insignifiant niveau de prélèvements pour les autres besoins.
Considérée, dans les années 1980, comme l’une des entreprises africaines de distribution d’eau les plus performantes, la Régie des Eaux (REGIDESO), opérateur public congolais en charge d’approvisionner les milieux urbains en eau potable, accuse aujourd’hui une forte dégradation de la qualité du service en raison de plusieurs facteurs aussi bien internes qu’externes, dont, particulièrement, l’absence des investissements en juste proportion avec la croissance urbaine généralisée dans le pays et l’accroissement de la demande qui en découle.
Ainsi, le déficit de desserte en eau potable dans les grandes agglomérations urbaines de la RDC est quotidiennement compensé par l’implantation des puits de forages, souvent sans suivi ni contrôle appropriés. Le rythme de leur installation est terrifiant. A Kinshasa, par exemple, le nombre de forages observés à ce jour est impressionnant et inquiétant à tout point de vue.
Dans cet Avis, le Conseil Economique et Social (CES) lance un cri d’alarme aux décideurs politico-administratifs et à toute la population congolaise sur les graves conséquences actuelles (contaminations diverses des nappes phréatiques, maladies d’origine hydrique, ...) et futures (assèchement des nappes, déséquilibre géologique, ...) de cette prolifération des puits de forages.
Le CES estime que les Congolais, disposant à ce jour d’un très haut potentiel de masse d’eaux de surface, n’ont pas besoin de recourir aux forages pour s’approvisionner en eaux. Le pays doit ainsi mettre fin aux opérations d’exploitation des eaux souterraines.
Dans un futur proche, l’eau sera au centre des enjeux vitaux de l’humanité et servira de casus belli entre les Nations et les peuples parfois lointains. Il est par conséquent très souhaitable que les eaux souterraines congolaises soient légalement définies comme des réserves strictement stratégiques à préserver. Selon des projections, le prochain recensement scientifique alignera la RDC parmi les pays les plus peuplés d’Afrique et dans le monde. L’exploitation des ressources congolaises, parmi lesquelles l’eau, qui ne tienne pas compte de la postérité est irresponsable et suicidaire pour les générations à venir.