AICESIS à Madrid: au nom de Jean-Pierre Kiwakana Kimayala, le Professeur Léon Kyaboba porte la voix de la RDC et alerte sur le pillage des minerais congolais au détriment de la justice sociale
Madrid, Espagne : Le Conseil économique et social de la République démocratique du Congo (CES-RDC) a porté un message fort en faveur de la justice sociale, de la souveraineté économique et d'une transition énergétique équitable à l'occasion de la session de l'Assemblée générale de l'Association internationale des conseils économiques et sociaux et institutions similaires (AICESIS), organisée à Madrid 29 au 30 octobre 2026.
Prenant la parole au nom de Son Excellence Monsieur Jean-Pierre Kiwakana Kimayala, Président du Conseil économique et social de la RDC, le Professeur Léon Kyaboba Kasobwa, Premier Vice-Président de cette institution, a défendu la nécessité de repenser les mécanismes de coopération internationale afin que les pays détenteurs de ressources stratégiques bénéficient pleinement des retombées économiques et sociales de la transition écologique mondiale.
Placée sous le thème « Construire des ponts pour une transition juste et la justice sociale dans le monde », cette rencontre internationale a offert à la délégation congolaise l'occasion de rappeler le rôle incontournable de la RDC dans la lutte contre le changement climatique, tout en attirant l'attention sur les injustices qui accompagnent l'exploitation de ses ressources naturelles.
La RDC, pays-solution face aux défis climatiques mondiaux
Dans sa communication, le Professeur Léon Kyaboba a souligné que la République démocratique du Congo occupe une position stratégique dans la transition énergétique mondiale grâce à ses immenses ressources forestières, hydriques et minières.
Le cobalt, le cuivre, le lithium et le coltan constituent notamment des ressources essentielles à la fabrication des batteries électriques et au développement des technologies modernes.
Cependant, le représentant du CES-RDC a dénoncé le paradoxe d'un pays qui contribue considérablement à la transition énergétique mondiale alors qu'une grande partie de sa population demeure privée d'électricité.
Il a ainsi interpellé la communauté internationale sur la nécessité de garantir une répartition plus équitable des bénéfices tirés de l'exploitation des ressources congolaises.
Guerre dans l'Est : le CES-RDC dénonce les conséquences humaines de l'exploitation des minerais
L'un des moments les plus marquants de cette communication a été consacré à la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo.
Devant les représentants des conseils économiques et sociaux réunis à Madrid, le Professeur Léon Kyaboba a dénoncé les violences persistantes dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri, établissant un lien entre les conflits armés, les réseaux de contrebande et les intérêts économiques liés aux minerais stratégiques.
Selon l'analyse défendue dans son intervention, la demande mondiale croissante en minerais critiques contribue à alimenter des circuits d'exploitation illicite qui aggravent les souffrances des populations civiles.
Dans une déclaration particulièrement forte, il a affirmé :
« Il ne peut y avoir de transition juste sur les tombes des Congolais ! »
À travers cette interpellation, le CES-RDC a appelé la communauté internationale à faire de la paix, du respect de la souveraineté territoriale et de la lutte contre les trafics illicites des conditions essentielles à une transition énergétique véritablement responsable.
Grand Inga : priorité à l'électrification des populations congolaises
Abordant la question énergétique, le Premier Vice-Président du CES-RDC a également mis en évidence l'importance stratégique du projet hydroélectrique de Grand Inga, dont le potentiel théorique est estimé à 44 000 mégawatts dans sa communication.
Pour le CES-RDC, ce projet ne doit pas uniquement répondre aux besoins énergétiques des partenaires internationaux. Il doit avant tout contribuer à l'électrification des ménages congolais, au développement des petites et moyennes entreprises et à l'industrialisation nationale.
Le Professeur Léon Kyaboba a ainsi défendu quatre principes fondamentaux devant guider la transition énergétique : la priorité à l'accès national à l'électricité, la protection des communautés locales, la transformation des ressources sur le territoire congolais et la mobilisation de financements climatiques équitables.
Cette approche vise à rompre avec un modèle économique fondé essentiellement sur l'exportation des matières premières brutes, au profit d'une industrialisation capable de générer des emplois décents et de renforcer les capacités productives du pays.
Recensement général : le CES-RDC réaffirme son engagement
Au-delà des enjeux climatiques et énergétiques, la communication congolaise a également abordé la question du deuxième Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH2).
Le Professeur Léon Kyaboba a rappelé l'importance de cette opération, attendue depuis le dernier recensement de 1984, pour améliorer la planification des politiques publiques.
À cet effet, il a indiqué que le Conseil économique et social, en raison de sa composition représentative des différentes forces économiques et sociales, dispose d'atouts institutionnels pour accompagner la sensibilisation et la mobilisation des populations.
Il a notamment fait savoir que le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) avait approché le CES-RDC en vue de contribuer à la mobilisation communautaire autour de cette opération nationale.
Les données issues du recensement devraient permettre de mieux orienter les politiques publiques dans les domaines de l'emploi, de l'éducation, de la santé et de la lutte contre la pauvreté.
Dialogue national : le CES-RDC disposé à accompagner la cohésion sociale
Sur le plan politique et institutionnel, le Premier Vice-Président a également évoqué la perspective du dialogue national présenté dans sa communication comme une démarche destinée à renforcer la cohésion nationale et à apporter des réponses aux défis multidimensionnels auxquels la RDC est confrontée.
Il a insisté sur l'importance d'une approche participative prenant en compte les réalités des 26 provinces du pays.
Dans cette perspective, le Conseil économique et social s'est déclaré prêt à apporter sa contribution institutionnelle, notamment à travers la consultation des forces vives, la promotion du dialogue social et la formulation de propositions susceptibles de renforcer la gouvernance publique.
Un plaidoyer international pour une mondialisation plus équitable
En conclusion, le Professeur Léon Kyaboba Kasobwa a invité l'AICESIS à jouer un rôle plus actif dans la promotion d'une transition énergétique respectueuse des droits des populations et des intérêts des pays producteurs de ressources naturelles.
Il a particulièrement insisté sur la nécessité de développer les chaînes de valeur locales, de promouvoir les transferts de technologies et de garantir des mécanismes transparents de financement climatique.
Pour le Conseil économique et social de la RDC, la transition écologique ne saurait être considérée comme une réussite si elle perpétue les déséquilibres économiques entre les pays industrialisés et les nations détentrices des ressources indispensables aux nouvelles technologies.