Discours d’ouverture de la session ordinaire d'Octobre 2026 : Le Président du Conseil Économique et Social, Jean-Pierre Kiwakana, trace les grandes priorités du CES et appelle à placer l’humain au cœur de l’action publique
À l’ouverture de la session ordinaire d’octobre 2026 du Conseil Économique et Social (CES), ce jeudi 1er octobre à Kinshasa, son président, Jean-Pierre Kiwakana Kimayala, a livré un discours particulièrement dense.
L’intervention dépasse le simple bilan institutionnel : elle aborde l’économie, l’emploi, l’éducation, la santé, l’environnement, la gouvernance, la culture, la situation sécuritaire, le dialogue national et les grands défis géopolitiques auxquels la République démocratique du Congo est confrontée.
1. Le CES réaffirme sa place dans la vie nationale
Dès l’entame, Jean-Pierre Kiwakana a rappelé la responsabilité du Conseil Économique et Social et sa vocation à porter les préoccupations de la société civile organisée. Il a insisté sur la nécessité pour l’institution de consolider sa crédibilité par la qualité de ses travaux et de ses résultats. Il a également rendu hommage aux conseillers Bernard Kasusula Djuma Lokali et Célestin-Roger Mukendi Membu, décédés pendant l’intersession, en faisant observer une minute de silence en leur mémoire.
2. Une intersession marquée par un travail soutenu
Le président du CES a souligné que l’intersession n’avait pas été une période de repos. Les commissions permanentes et ad hoc ont poursuivi leurs travaux, notamment par la finalisation et le toilettage des avis adoptés pendant la session d’avril.
Sept grands avis ont notamment été consolidés : la redynamisation du paysannat, la gestion du portefeuille des retraités, le Corridor de Lobito, l’éthique du personnel soignant, la gestion des déchets, le numérique ainsi que les priorités économiques et sociales de la Grande Orientale. L’objectif est de garantir des productions scientifiquement solides, cohérentes et capables d’éclairer les institutions de la République.
Les commissions ont parallèlement approfondi des dossiers majeurs : épargne et investissements productifs, conjoncture économique, agriculture, pêche, droits d’auteur, personnes vulnérables, déficit énergétique, retombées minières pour les territoires, transports, réforme de l’éducation, ZLECAF, administration publique et turbulences géopolitiques.
3. Économie : sortir de la dépendance minière et repenser la fiscalité
L’un des passages centraux du discours concerne l'économie. Jean-Pierre Kiwakana estime que la RDC doit se doter d’une fiscalité adaptée à ses réalités économiques, soutenir davantage les PME et diversifier son économie.
Son raisonnement est clair : les ressources minières ne peuvent constituer éternellement le principal moteur de la croissance. La RDC doit développer d’autres secteurs, attirer les capitaux et améliorer sa compétitivité par la qualité des ressources humaines, la simplification administrative, la stabilité juridique et la prévisibilité fiscale.
Il met également en garde contre la « fatigue fiscale » et considère qu’une rationalisation du système pourrait créer un cercle vertueux : davantage d’investissements, davantage d’emplois et, à terme, une assiette fiscale plus large. Pour lui, le défi consiste à transformer le potentiel économique considérable du Congo en avantages économiques concrets.
4. Dialogue national : privilégier la cohésion et replacer les préoccupations sociales au centre
Sur le terrain politique et sécuritaire, le président du CES soutient le principe du dialogue convoqué par le Chef de l’État, qu’il présente comme un moyen de rechercher la cohésion nationale. Il estime que les tensions ne doivent pas empêcher les Congolais de se parler et que le processus devrait permettre de traiter certaines fragilités économiques, judiciaires et sociales.
Le CES se dit disposé à contribuer au processus, notamment en faisant remonter les réalités et aspirations des territoires.
Mais le Président du Jean-Pierre Kiwakana Kimayala fixe également une exigence : les débats politiques, notamment ceux relatifs au dialogue ou aux réformes institutionnelles, ne doivent pas faire oublier la faim, le chômage des jeunes, l’insécurité, la santé, l’eau et l’électricité.
Le discours rapporte la position du CES selon laquelle la stabilité institutionnelle est importante pour l’État de droit, l’investissement et la relance économique, et qu’un éventuel dialogue devrait être orienté vers le développement et la paix durable plutôt que vers un partage de privilèges.
5. Emploi : combattre l’informel et mieux maîtriser les dépenses publiques
Le chômage constitue une autre préoccupation majeure. Jean-Pierre Kiwakana relève les difficultés liées à l’absence d’un recensement rigoureux, au poids du secteur informel, aux emplois fictifs dans l’administration et aux obstacles qui empêchent les entreprises de formaliser les emplois.
Il estime également que la RDC fait face à un problème de maîtrise des dépenses publiques, et pas uniquement de mobilisation des recettes.
Selon son analyse, augmenter constamment taxes et impôts ne peut suffire si l’économie ne crée pas davantage d’emplois et de richesses en dehors du secteur minier. Il attire aussi l’attention sur l’automatisation, la robotisation et l’intelligence artificielle, susceptibles de réduire à terme les besoins de main-d’œuvre dans certaines activités minières.
6. Enseignement supérieur : un véritable audit du système LMD
L’éducation occupe une place particulièrement importante dans le discours. Jean-Pierre Kiwakana pose une question directe : la RDC maîtrise-t-elle réellement le système Licence-Master-Doctorat (LMD), ou s’est-elle simplement habituée à son vocabulaire ?
Il réclame un examen technique, scientifique et pédagogique approfondi du dispositif.
Le président du CES préconise un audit intellectuel et technique, établissement par établissement et, si nécessaire, discipline par discipline. Il ne s’agirait pas de remettre en cause les universités, mais d’identifier les écarts entre les normes et leur application réelle afin d’améliorer la qualité de l’enseignement.
Il dénonce aussi les fortes disparités entre établissements : certaines villes concentrent les professeurs alors que d’autres connaissent une pénurie d’enseignants qualifiés.
Pour le CES, démocratiser l’enseignement supérieur ne consiste donc pas seulement à multiplier les universités ; il faut leur donner des professeurs, des laboratoires, des bibliothèques et des standards communs de qualité.
Le CES propose en outre la création d’un Fonds national compétitif pour la recherche, destiné à financer des travaux scientifiques répondant directement aux problèmes du pays : pauvreté, agriculture, gouvernance, santé, ressources naturelles, conflits fonciers, numérique, changement climatique, etc.
7. Gouvernance : « ouvrir les portes aux compétences »
Autre moment fort : l’appel à privilégier le mérite et la compétence dans l’accès aux responsabilités.
Jean-Pierre Kiwakana reprend son appel à « ouvrir les portes aux compétences plutôt qu’aux simples participants ».
Selon lui, les institutions et entreprises publiques ne peuvent être performantes si les nominations reposent davantage sur les réseaux, les recommandations ou la proximité que sur la compétence.
Il salue dans cette logique le recrutement sur concours dans les entreprises du portefeuille de l’État et résume son message à la jeunesse par une formule forte : « le diplôme peut ouvrir une porte, la compétence doit permettre de la franchir. »
8. Culture, histoire et identité nationale
Sur le plan culturel, le président du CES développe une réflexion sur l’Afrique, sa représentation dans le monde et le rôle de sa jeunesse. Il défend une conception du panafricanisme fondée sur l’intégration, la défense des intérêts africains et la préservation des valeurs du continent.
Pour la RDC, il insiste surtout sur la construction d’une identité nationale capable de respecter les identités locales tout en créant un patrimoine commun. Il souhaite également redonner une place importante à l'enseignement de l’histoire afin de transmettre aux nouvelles générations la mémoire collective, l’éthique, l’ouverture et le sens du sacrifice au profit de la collectivité.
9. Santé : Ebola doit être traité comme une crise sanitaire mais aussi socio-économique
Concernant Ebola, le discours présente l’épidémie comme une menace dépassant largement le seul domaine médical. Jean-Pierre Kiwakana souligne ses conséquences possibles sur la pauvreté, l’emploi, les échanges commerciaux et l’économie des zones touchées. Il rend hommage au personnel soignant et demande que ses conditions de travail soient protégées.
Le CES souhaite surtout que les financements consacrés à la riposte ne servent pas uniquement à gérer l’urgence, mais contribuent également à moderniser durablement le système de santé.
Il insiste parallèlement sur l’éthique et la déontologie du personnel médical : respect du secret médical, dignité du patient, humanisation des soins, équité et sécurité du personnel. Pour Kiwakana, la confiance entre la population et le corps médical constitue une condition essentielle à l’efficacité de la riposte.
10. Kinshasa : passer du nettoyage ponctuel à une politique durable d’assainissement
Sur l’insalubrité de Kinshasa, le CES reconnaît les opérations menées sur le terrain par le Service National, tout en estimant que l’urgence doit être complétée par une stratégie durable.
L’ambition est de transformer la gestion des déchets en une économie circulaire créatrice d’emplois, avec un cadre juridique, des mécanismes de financement, une coordination entre l’État, les provinces et les collectivités, mais aussi des mécanismes de contrôle et de sanction contre l’incivisme.
11. COP31 : faire du capital naturel congolais une véritable force économique
Jean-Pierre Kiwakana consacre également une partie importante du discours au climat. Pour le CES, le climat n’est désormais plus seulement une question environnementale : c’est également une question économique, sociale, de souveraineté et de justice entre les générations.
La RDC est invitée à ne plus se présenter uniquement comme un pays vulnérable demandant des financements, mais également comme détentrice d’un capital naturel stratégique pour l’humanité. L’enjeu est de convertir la protection des forêts et des écosystèmes en bénéfices tangibles pour le pays et pour les populations locales.
Pour la COP31, le CES identifie cinq résultats recherchés : un financement pour l’adaptation et la résilience, un mécanisme durable de valorisation du capital naturel, des projets verts bancables, un pacte pour les emplois verts et la jeunesse, et un mécanisme national de suivi du « dividende climatique ».
12. Marché carbone : les communautés locales doivent bénéficier de la richesse écologique
Le discours approfondit ensuite la question des tourbières et du marché carbone. Son idée centrale est qu’attribuer une valeur financière au carbone ne garantit pas automatiquement une amélioration des conditions de vie des populations.
Le CES met donc l’accent sur la participation des communautés, la reconnaissance de leurs droits, la transparence des paiements et le partage des bénéfices. Le discours cite notamment le cadre juridique adopté en septembre 2026, en soulignant les dispositions relatives au consentement des communautés, au partage des revenus et à la traçabilité.
Le message est important : la réussite d’une politique carbone ne devrait pas uniquement se mesurer en tonnes de carbone protégées, mais également aux changements réellement observés dans la vie des populations concernées.
13. Pollution minière : concilier économie, justice sociale et environnement
Le président du CES aborde aussi les conséquences environnementales de l’exploitation minière. Pour l’institution, les populations ne doivent pas supporter seules les conséquences de la pollution.
Le modèle recherché doit concilier rentabilité économique, justice sociale et protection de l’environnement, notamment grâce aux technologies propres, au recyclage des eaux industrielles, à une meilleure gestion des déchets miniers et à la réhabilitation des sites exploités.
14. Géopolitique : la RDC doit se préparer aux chocs extérieurs
Sur la situation internationale, Jean-Pierre Kiwakana met en garde contre la multiplication des crises mondiales et leurs conséquences potentielles sur une RDC riche en ressources mais confrontée à plusieurs fragilités internes.
Le CES appelle ainsi le pays à renforcer sa résilience et à préserver la stabilité de ses institutions, tout en plaçant l’humain au sommet des ambitions nationales.
15. Une session d’octobre chargée : 17 grandes matières annoncées
La nouvelle session devra notamment travailler sur 17 matières, parmi lesquelles la sécurité alimentaire, la ZLECAF, l’épargne productive, la réforme de l’éducation, la pêche, les revenus miniers des ETD, la restitution des biens culturels, l’ONATRA et la RVA, le transport aérien, la réforme administrative, les personnes vulnérables, le Corridor de Lobito, le déficit énergétique, le Grand Kasaï, les marchés carbone, la pollution minière du Grand Katanga et la politique fiscale.
Le président demande aux conseillers de travailler avec « lucidité », « humilité » et « courage », sur la base de diagnostics rigoureux.
16. Est de la RDC : souveraineté, intégrité territoriale et bien-être de la population
Dans sa conclusion, Jean-Pierre Kiwakana revient sur le conflit dans l’Est. Le discours fixe deux principes fondamentaux à l’action politique : défendre l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale, d’une part, et garantir le bien-être social des citoyens, d’autre part.
Il évoque également la nécessité de justice, de réparations et de sanctions face aux conséquences du conflit.
Enfin, il rappelle que la force du Conseil Économique et Social doit résider dans « la rigueur technique de nos analyses, l’indépendance de notre jugement, la qualité de nos débats et le courage de nos propositions », avant d’appeler les conseillers à l’assiduité et à des débats contradictoires mais constructifs.
Enfin, il rappelle que la force du Conseil Économique et Social doit résider dans « la rigueur technique de nos analyses, l’indépendance de notre jugement, la qualité de nos débats et le courage de nos propositions », avant d’appeler les conseillers à l’assiduité et à des débats contradictoires mais constructifs.